Laufende Dissertationen

Stéphanie de Diesbach-Dolder, Verbalisation des émotions et secondarisation en leçons d’éducation interculturelle : une approche socioculturelle des pratiques d’enseignement
Doktormutter: Dr. Nathalie Muller Mirza
Universität: Lausanne

Un statut particulier est accordé aux émotions des élèves au sein de l’école. Elles peuvent être aussi bien perçues comme un levier que comme un obstacle aux apprentissages scolaires. Cette tension concernant la place octroyée aux émotions s’accentue dès lors qu’il est question de contenu d’enseignement associé aux « Éducations à » (Audigier, 2006 ; Audigier, Fink, Freudiger & Haeberli, 2011) que l’on trouve parfois sous l’appellation d’« éducation interculturelle ». En effet, ce type d’enseignement est doublement lié à la dimension émotionnelle (Muller Mirza & Grossen, 2017). D’une part, l’éducation interculturelle investit des thèmes hétérogènes qui renvoient à toutes sortes d’autres sphères d’expériences, qui convoquent ainsi le « je subjectif » (Nonnon, 2008) de l’élève à travers l’évocation de son expérience personnelle (par exemple le récit sur la migration) et la verbalisation d’émotions. D’autre part, la question de la prise en compte des émotions fait également partie des finalités de l’éducation interculturelle qui s’oriente vers un travail sur le « rapport à l’altérité », qui ne considère pas « l’autre » en tant qu’objet d’étude, mais qui cherche à développer des connaissances et un regard sur la relation entre soi et l’autre (Lanfranchi, Perregaux & Thommen, 2000).

Cette thèse, qui s’inscrit dans un projet financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifiques (FNS, subside n°100013-132292 – Professeure Michèle Grossen, requérante principale), se propose d’étudier des pratiques réelles dans le domaine de l’éducation interculturelle. En particulier, elle cherche à examiner la façon dont les émotions et les expériences personnelles verbalisées par les élèves sont prises en compte par les enseignantes (le terme « enseignant » sera utilisé au féminin pour parler des participant-e-s à la recherche)  dans des leçons mises en place à partir de deux documents pédagogiques à visées interculturelles et les processus à l’œuvre dans la construction de connaissances. Lorsque les émotions et les expériences sont mises en mots, observe-t-on des processus de mise en réflexivité – processus que certains auteurs appellent la secondarisation (Bautier & Goigoux, 2004 ; Jaubert, Rebière & Bernié, 2004) ?

En adoptant une perspective socioculturelle inspirée de Vygotski (1987) qui considère la dimension « transformationnelle » des émotions, des séquences d’enseignement-apprentissage enregistrées auprès de douze enseignantes provenant de la région francophone de la Suisse (six au cycle primaire et six au cycle secondaire I) et dans lesquels les élèves partagent leurs expériences personnelles et verbalisent leurs émotions sont analysées.

Les résultats montrent que les émotions et les expériences personnelles sont rarement simplement verbalisées, mais également souvent articulées et mises en tension avec d’autres expériences. Si cette tension se révèle propice à la construction de nouvelles connaissances, le travail de secondarisation à partir des émotions et des expériences personnelles reste complexe et peut conduire à un refroidissement, à une non-reconnaissance de celles-ci pourtant verbalisées par un élève, ou alors à un empiétement sur la sphère intime des élèves (Muller Mirza, 2014). De manière plus large, les résultats de cette thèse conduisent également à ouvrir la discussion et à interroger de manière plus générale la place des émotions (verbalisées) en situation d’apprentissage.